Alerte : les prix bas font très mal !

Claiming you can get quality at low price is a lie

Qualité et prix bas : incompatibles ou pas ?

Réponse ci-dessous

L’affirmation

Je viens de lire, dans le blog d’une agence de traduction, l’affirmation suivante :

« Le devis d’un projet est tout aussi important que le processus de traduction lui-même. Donner le prix le plus bas, par exemple, va vous permettre d’attirer des clients et d’obtenir un chiffre d’affaires bien plus élevé. »
Je trouve cette phrase à la fois réductrice, intéressée et fallacieuse. Effectivement, à toutes choses égales, le client choisira toujours le devis le plus bas.

Cependant, les choses et les situations sont rarement égales. Les clients peuvent, en effet, prendre en considération, dans le choix d’un traducteur, des facteurs autres que de maigres économies. Ils peuvent, par exemple, considérer la qualité supérieure qui vient avec un meilleur (et plus cher) traducteur.

« Laissez-moi vous rassurer »

Et la même agence de traduction de nous rassurer en prétextant que :
« Chez [XX] Traductions, nous sommes en mesure d’offrir à nos clients les prix les plus compétitifs et la meilleure qualité qui soient dans l’industrie. »
Je serais enclin à croire ces agences capables de vendre une traduction au plus bas prix (bien que ce soit relativement difficile à prouver, le marché de la traduction étant ce qu’il est, c’est-à-dire fragmenté). Je peux les croire capables d’offrir la meilleure qualité qui soit (encore une fois, une affirmation difficile à prouver). Mais qu’ils soient en mesure d’offrir les prix les plus bas ET la meilleure qualité possible en même temps ? Désolé. Cela, je n’y crois pas.

La réalité des faits

Le problème avec certaines agences, c’est qu’elles ont si peur des agences concurrentes qu’elles font tout en leur pouvoir pour réduire les prix au maximum.

Mais justement, à quel prix !

En agissant ainsi, ces agences de traduction risquent de perdre leurs meilleurs traducteurs et de conserver les pires et de ce fait, diminuer de manière substantielle la qualité de traduction qu’elles sont susceptibles d’offrir (quoi qu’elles puissent revendiquer). Plus ces agences se mettent dans l’incapacité de rester concurrentielles en termes de qualité, plus elles doivent se battre sur les prix. C’est l’effet boule de neige qui, je pense, met en péril un certain nombre d’agences de traduction qui, par le passé, offraient des services de qualité.

Il est raisonnable de penser que ces agences de traduction entraînent un certain nombre de traducteurs dans leur chute, ainsi que des clients qui ne se doutent de rien et qui croient dur comme fer à ces déclarations exagérées de soi-disant qualité supérieure ; qualité qu’elles ne sont désormais plus en mesure d’offrir.

Choisir le traducteur le moins cher en 2019

99 cent - prix d'une traduction pas chère

Pourquoi ne faut-il pas choisir un traducteur sur la base du tarif le plus bas ? Pourquoi ne faut-il pas faire appel au traducteur le moins cher ? Pourquoi est-il déconseillé de faire baisser les prix aux plus bas ?

À l’occasion de cet article, j’essaierai de démontrer que — si vous voulez obtenir une bonne traduction — choisir le traducteur le moins cher est une grave erreur. J’essaierai d’établir de simples vérités sur la guerre des tarifs dans le secteur de la traduction et sa conséquence sur la qualité de la traduction que vous allez obtenir.

La traduction la moins chère

Pour gagner équitablement sa vie et payer ses charges, le traducteur doit traduire un certain nombre de mots par jour ; nombre de mots limité par sa capacité de traduction propre sur une journée.

Souvent, sous la pression d’un client (qui peut vouloir obtenir le meilleur tarif possible) et le jeu de la concurrence, le traducteur peut être amené à baisser son tarif normal. Or, cela sous-entend que, pour continuer à payer normalement ses charges, le traducteur doit augmenter le nombre de mots qu’il traduit quotidiennement. Pour cela, le traducteur a trois solutions pour baisser le tarif de la traduction :

Solution n° 1

Il doit travailler plus rapidement. Or, s’il est expérimenté — et il doit l’être si vous voulez avoir toutes les chances d’obtenir une traduction de qualité — alors le traducteur a probablement déjà épuisé toutes les ficelles lui permettant de travailler plus rapidement.

Solution n° 2

Il doit travailler plus longtemps. Cela sous-entend qu’il sacrifie le temps passé avec sa femme/petite amie/ses enfants pour rattraper le manque à gagner.

Solution n° 3

N’étant pas en mesure de soudainement travailler plus rapidement tout en conservant le même niveau de qualité (sinon il l’aurait déjà fait depuis longtemps, voir Solution n° 1) et ne pouvant travailler plus (il travaille déjà 10 heures/jour et il souhaite passer du temps avec sa famille, voir Solution n° 2), le traducteur n’a d’autres choix que de diminuer le temps passé sur chaque traduction. Or une diminution du temps passé sur chaque traduction implique systématiquement une diminution de la qualité. En effet, c’est là que le traducteur commence à « prendre des raccourcis », utiliser un logiciel de traduction automatique, faire l’impasse sur la relecture de son texte, ce qui se traduit par un amoindrissement de la qualité de la traduction.

Bref, la plupart du temps, c’est la troisième possibilité qui est choisie.

Or, plusieurs personnes vont souffrir de cet état de fait :

– En peu de temps, les clients — et tous les clients (y compris ceux n’ayant pas bénéficié d’une diminution de tarif) — verront la qualité du travail qu’ils ont commandé diminuer de façon notable.

– Outre la traduction, la qualité du service offert, la réputation et crédibilité du traducteur en pâtissent également. En peu de temps, notre traducteur, de professionnel et méticuleux, est passé à une prestation médiocre.

Certes, il est toujours possible de trouver le traducteur le moins cher ou de faire diminuer les tarifs au plus bas.

Cependant, comme je l’ai démontré ci-dessus, personne n’est gagnant dans l’affaire. Non seulement le traducteur y perdra de sa réputation, mais vous n’obtiendrez pas une traduction de qualité.

Vous avez le droit d’en douter ; de penser que vous allez trouver la perle rare : un traducteur aux tarifs bas et compétent
à la fois. Détrompez-vous : comme le veut l’adage, si une offre vous semble trop belle pour être vraie, elle l’est probablement !

Les traducteurs ont une devise :

« I can always make it cheaper, and I can always make it worse » *

*Traduction : « Faire moins cher ? C’est toujours possible. Pour cela, faire moins bien, c’est tout aussi possible » (et sous-entendu, extrêmement probable) ».

Qu’est-ce qu’une bonne traduction ?

traduire, c'est transmettre une idée

Devant une telle interrogation, le traducteur de métier est saisi de trouble, presque de vertige. Peut-on répondre à une question aussi complexe ? Qui, en effet, dit le bon et le mauvais en ce domaine ?

Quelles conditions une traduction doit-elle remplir pour être jugée bonne ? Mais qui est le juge ou l’arbitre ? Quel sage ou quel savant ? Et les critères de la traduction littéraire ont-ils encore une utilité pour la traduction administrative ou technique ? Une traduction estimée bonne à une époque l’est-elle encore trente ans ou trois siècles plus tard ? Le client peut trouver mauvaise une traduction que le traducteur aura pensée bonne ; inversement, le client jugera bonne une traduction que le traducteur aura lui — même considérée comme médiocre, parce que faite, par exemple, sans la documentation voulue ou avec une précipitation impitoyablement imposée. La qualité d’une traduction est-elle un en soi, un absolu ? ou bien est-elle relative à un milieu, à une mentalité, à une époque ? Vaut-il mieux être infidèle avec élégance ou maladroitement fidèle ? Pourtant, n’y a-t-il pas un minimum qu’aucun traducteur ne pourra transgresser, sous peine de trahir ?

Gide, écrivain qui fut aussi traducteur, pensait que le métier de traducteur était si difficile, et important, qu’il fallait être écrivain professionnel pour l’exercer. Sans doute, il parlait de la traduction littéraire, mais son exigence s’applique tout autant à nous, si nous limitons la qualité d’écrivain à celle de rédacteur, autrement dit, de celui qui excelle à manier la langue, sans être forcément un créateur littéraire.

Pour préparer cet exposé, j’ai réfléchi, bien sûr, sur ma propre pratique de traducteur, de rédacteur, d’écrivain. Mais j’ai lu aussi ce que bien des traducteurs, qui ont réfléchi avant moi, ont écrit sur ce qu’ils estimaient être une bonne traduction. J’ai également porté mon regard sur le travail des autres, que j’ai pu apprécier comme réviseur, comme pédagogue et formateur, comme correcteur ou appréciateur. Je vais essayer de proposer des éléments de réponse, mais, dans ce domaine du relatif, je ne m’aventure qu’avec précaution, avec crainte même, car il n’est pas de réponse vite faite à la question posée : « Qu’est-ce qu’une bonne traduction ? »